MINSK/NATACHA - Jef BONIFACINO
     
MINSK/NATACHA
Ma première nuit à Minsk, j’ai croisé trois jeunes gars près d’un lac et nous avons bu quelques bouteilles pour faire connaissance. Pas même 5 heures en Biélorussie et je vomissais tout ce que j’avais.
Le lendemain je rencontrais Natacha. Elle préparait à manger pour des apprentis comédiens. Elle débarrassait et je restais seul assis à la regarder virevolter autour de la table, gracieuse, brusque et ferme. Je la pris en photo, elle joua une ballade médiévale au piano et je l’embrassais.
Une fois où nous avions dormi chez sa sœur, je fus réveillé par son ex mari et bien que parlant mal le russe, je compris lorsqu’il me montra son doigt, en fait son alliance.
Je rentrais en France, je revenais. Une nuit de février, il fit -38 degrés. Je l’aimais, j’étais coincé, je n’ai jamais pu pénétrer son regard.
Je refis ce trajet une douzaine de fois. Je photographiais des artistes biélorusses et des rochers couverts d’icônes magnifiques dans un cimetière d’exécutions de masse. Là, entre les herbes, je me sentais en paix.
Le bolchevisme, les nazis, le communisme, Tchernobyl … Aujourd’hui, c’est la politique de l’omission et de l’omerta. Je ne su jamais, durant ces quatre années, où j’habitais. Je cru un moment à l’amour et à la révolution. Je n’ai sauvé personne, rien n’a changé, Loukachenko est toujours président depuis 22 ans.
La dictature c’est l’histoire qu’on ne dépasse pas. La vie passe mais n’avance pas. Une attente sans consolation.
Parce que les souffrances, la mémoire d’un peuple ou d’une personne, restent enfouis.
Il reste quelques photographies. C’est pourtant Minsk, elle.

My first night in Minsk, I met three young guys near a lake and we drank a few bottles to socialize. Not even five hours in Belarus and I vomited everything I had.
The next day I met Natacha. She was preparing to eat for apprentice actors. She was clearing the table and I was sitting alone watching her twirling around the table, graceful, sudden and firm. I took her in picture, she played a medieval ballad on the piano and I kissed her.
Once we had slept at her sister, I was awakened by her ex husband and, although speaking russian badly, I understood when he showed me his finger, in fact his wedding ring.
I was going back to France, I was returning. One night in February, it was -38 degrees, I loved her, I was stuck, I could not penetrate his eyes.
I resumed this journey a dozen times. I shot the city, Belarusian artists and rocks covered with magnificent icons in a cemetery of mass executions. There, between the grass, I felt in peace.
The bolshevism, the nazis, the communism, Chernobyl ... Today is the policy of omission and omerta… I never knew, during those four years, where I lived. For a moment I believed in love and revolution. I’ve saved no one, nothing has changed, Lukashenko is still president for 22 years.
Dictatorship is history that is not overtaken. Life passes but doesn’t progress. Because the sufferings, the memory of a people or a person, remain buried.
There are still some pictures. Yet it‘s Minsk, her.



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